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Un tour de toupie jamais n'abolira le hasard
Cillian Murphy, Leonardo DiCaprio et Joseph Gordon-Levitt. Warner Bros. France
Le dernier film de Christopher Nolan est à coup sûr le meilleur "blockbuster d'auteur" jamais réalisé à ce jour. Un film tortueux basé sur un scénario époustouflant et abyssal, et en même temps une œuvre esthétique à la portée purement cinématographique. Inception est le chef-d'œuvre de cette décennie, le film qui réconcilie enfin deux façons d'envisager le cinéma : le cérébral et le viscéral.

  Inception peut être vu comme la victoire d'un certain cinéma sur un autre. La preuve irréfutable que le "nouveau nouvel Hollywood" nous élève plus haut que la "new wave" du cinéma indépendant US. Preuve que les descendants néoclassique du cinéma des Spielberg, Coppola et Scorsese, sont plus à trouver chez les Abrams, Shyamalan et Nolan, que sur la prétentieuse brochette "nouvellevague" (en français dans le texte) Anderson-Coppola (fille)-Russell. Preuve qu'un énorme budget n'entraîne pas les pires folies. Ou alors si, c'est tout comme : au contraire, Inception peut être vu comme une énorme blague, un grand film malade comme on n'en avait plus vu de puis 2001 de Kubrick.

  Et Dieu sait si Nolan a tout pour être comparé à Kubrick. Si on avait bien senti dans la séquence initiale de son Dark Knight, une influence très nette de L'Ultime razzia, c'est tout le cinéma de Nolan qui prend source dans les codes du film noir. Noir comme l'histoire d'Inception, tâche d'encre indélébile qui vous poursuit des semaines après le film. Mais noir aussi comme la mise en scène du réalisateur britannique. A la manière d'un Kubrick, lui aussi citoyen de sa majesté, Nolan met en scène de façon très froide, presque austère, des scènes d'une ampleur pourtant surréaliste. C'est dans ce décalage entre la froideur métallique de sa mise en scène (qui se perpétue tout autant dans la photographie bleu-de-nuit incroyable de Wally Pfister) et l'épaisseur mélodramatique de ses personnages engagés dans un cheminement abyssal, que réside le réside le pouvoir hypnotique du film. Sans parler de son pouvoir synthétique dépassant toutes les frontières : Inception c'est Matrix rencontrant James Bond (pour l'exotisme), rencontrant Ocean's eleven (pour le film de genre de braquage), rencontrant surtout aussi Mulholland Drive. En effet, pour la première fois, un Nolan est presque charnel, et donc lynchien. N'oublions pas aussi que, pour le cinéaste fan de méditation transcendantale, la création est un champ universel dans lequel nous sommes tous reliés.

  Inception est surtout la consécration d'un scénariste. Ou plutôt de deux. Christopher Nolan, véritable démiurge des temps modernes, et son frère Jonathan, l'homme de l'ombre. Tous les deux ont écrit là un scénario formellement ultra-cinématographique, imaginé et pensé sur grand écran, mais surtout une histoire barrée, allant loin, très loin, trop loin. Ils ont pondu la plus invraisemblable affaire de tous les temps, une histoire qui n'a que besoin de suggérer pour atterrir sur le terrain du métaphysique ("limbes"). Un scénario qui, certes, explique, mais laisse imagine un monde de possibilités sans limites. Un Alice in Wonderland freudien post-moderne sous un mélange d'amphétamines, d'acides, d'ecsta et de cocaïne. On sent que Di Caprio, double-créateur du cinéaste dans le film (avec tous les deux leurs coupes de cheveux de maquereau rital), a lui aussi plongé son nez d'excité dans un bon gros rail de poudre blanche. C'est de la pure création, ou "pure creation" comme le dit le personnage d'Ariadne. Parce qu'il va très loin et prouve au passage que, plus il a d'argent (la Warner lui offre tout), plus il est bon, là où la plupart des réalisateurs se perdent sur le terrain de la mégalomanie, Nolan a créé un film de malade mental, celui d'un quasi-autiste grand baron de la dope. "J'ai dépensé sans compter" disait le créateur de Jurassic Park John Hammond dans le film du même nom. Nolan a lui aussi dépensé sans compter pour créer son Jurassic Park, un Jurassic Park démesuré, fou et pourtant à la mécanique et à la simplicité limpides. Tout est possible avec l'argent de la Warner, tout est possible en rêve aussi. Jusqu'à nous faire prendre conscience qu'un morceau de Piaf vaut plus qu'une baffe en pleine gueule sous anxiolytiques.

  Finalement, Inception s'apparente beaucoup à une autre œuvre marquante ayant pris fin (physiquement seulement) cette année : LOST. Les deux n'hésitant jamais à aller toujours plus loin dans l'esquisse d'une mythologie (qu'elle soit religieuse pour LOST ou freudienne pour Inception) puissante et à laisser ouverte la valse des interprétations. Ce n'est pas pour rien que, depuis la sortie du film de Nolan, le scénariste lostie Damon Lindelof le couvre de compliments. Leurs œuvres sont certes bigger than life, mais gardent la grandeur d'âme de ne jamais être lénifiants. Comme l'analysait Lindelof, la fin d'Inception, signifie avant tout que l'histoire est finie, au moment même où surgit le fondu au noir (piqué aux Sopranos au passage). Après le temps du rêve, vient celui de l'interprétation de ceux-ci. Finalement, en 2h30 Nolan ne fait que remettre Freud à sa place.
 
Inception - ma note pour ce film :
Réalisé par Christopher Nolan
Avec Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Ellen Page, ...
Année de production : 2010
Roi et reines

Mathieu Amalric. Le Pacte

  Depuis sa prolifique entrée dans le monde des acteurs français expat aux USA, Amalric enchaînait les rôles avec la frénésie et la folie d'un Ismael Vuillard (chez Despleschin). Et nous d'être perdus par tant de mouvement. En repassant derrière la caméra, il donne un sens à son propos et réalise un film empreint de beaucoup d'influences, un film de cinéma à des années-lumières de tout ce qu'on a pu dire sur lui en tant qu'acteur (soi-disant cérébral), un film charnel, drôle, caustique et vif. Un film qui lui ressemble.

  Tournée est en tout point un chef-d'oeuvre, un film français qui n'en est pas vraiment un, et qui rappelle les années 70 par sa liberté, pour l'absence de toute préoccupation bobo, et surtout pour créer un film qui reste sur un petit nuage. Amalric met en scène un road-movie sans route (ou presque) où les gros bolides seraient remplacés par les corps humains. La caméra de Amalric virevolte, la désinvolture de son personnage de producteur est là, les cadres sont d'une beauté folle, la photographie de Christophe Beaucarne, tamisée dans les scènes de clubs, nous fait penser bien sûr à du Cassavetes. Tout est maîtrisé et pourtant c'est dans ce cadre ultra-classique que surgit une énergie de vivre incroyable d'américaines perdues sur la côte atlantique. Le personnage d'Amalric est irrésistible de drolerie et de maladresse et fait penser au Cosmo Vitelli de Meurtre d'un bookmaker chinois : un producteur minable mais qui sait rester digne. La dignité dans la solitude, le film ne tend que vers ça. Vers la profusion (des femmes) dans le calme plat (l'hôtel abandonné). Plus rien ne compte, le film peut finir. Le plus grand film français de l'année.

 
Tournée - ma note pour ce film :
Réalisé par Mathieu Amalric
Avec Miranda Colclasure, Suzanne Ramsey, Linda Maracini, ...
Année de production : 2010
S'envoyer en l'air

Dror Keren et Helena Yaralova. Memento Films Distribution

  Deuxième long de Léon Prudovsky, A 5 heures de Paris est un joli film sensible qui, pour sa défense, évite tous les pièges de la sensiblerie. Si l'histoire ressemble à s'y tromper à celle de Mademoiselle Chambon, le traitement est lui aussi similaire. Tout le film baigne dans un climat doux et cotonneux collant parfaitement avec l'esprit de Tel-Aviv l'insouciante. Le seul bémol réside peut-être dans le côté faussement cheap du film (en gros, les acteurs s'habillent comme des ploucs et la musique est horripilante de tant de clichés) qui, s'il colle à la vie de ses deux protagonistes, pourra très vite plomber la bonne ambiance de départ. Niveau réalisation, Prudovsky ne semble pas s'être cassé la tête en 'abandonnant entièrement au jeu de ses deux (excellents) comédiens.

 
A 5 heures de Paris - ma note pour ce film :

Année de production : 2009
Le vieux du music-hall

Pathé Distribution

  A une époque où l'on ne jure plus que par la 3D, le cinéma de Sylvain Chomet fait un peu figure d'ovni. Alors imaginez-le adaptant à l'écran un scénario original de Jacques Tati et vous obtenez un grand film plein de folie douce et d'humanité, transpercé de saillies absurdes qu'aurait bien pu mettre en scène le réalisateur de Mon Oncle.

  La grande force du film tient dans cet équilibre parfait choisi par le réalisateur des Triplettes de Belleville, entre un minimalisme aussi absurde que poétique (le film ne contient presque aucun dialogue) et une atmosphère assez nostalgique, qui pourtant ne vire jamais sur les terres franchouillardes d'un Jeunet. L'Illusionniste est un très grand film de cinéma, une grande mise en scène sensible de sa magie.

 
L'Illusionniste - ma note pour ce film :
Réalisé par Sylvain Chomet
Année de production : 2010
Allumer le feu

MK2 Diffusion

  Cinéaste erratique (on ne l'avait pas vu depuis Delirious, en 2007), Tom DiCillo est capable du meilleur (Ca tourne à Manhattan), comme du pire (deux épisodes de New York, section criminelle). Dans tous les cas, l'homme ne poursuit qu'une chose : sa lecture très personelle et surtout très new-yorkaise de la réussite médiatique.

  En cela, Jim Morrison est un héros de plus pour le cinéaste. Une étoile filante ayant fait la une de toute la presse pour ses frasques (pénis montré, ou pas ?) et sachant utiliser à merveille la récente télé couleur (fantastique passage chez Ed Sullivan) pour imposer un personnage, construit ou non. Au-delà des qualités indéniables de monteur et de conteur d'histoire de DiCillo (le film avance avec un souffle rare dans un docu), c'est bel et bien pour le personnage central qu'il dépeint, que vaut When you're strange. Moins caricatural que chez  Oliver Stone, Morrison est ici scruté sous sa face la plus sombre et mégalomaniaque. Preuve en est ces bouts de film tournés par Morrison lui-même. La question n'est pas de savoir si le réalisateur aurait du les intégrer mais plutôt de savoir si le chanteur des Doors aurait du les filmer. C'est dans ce questionnement central que réside l'essence du barde Jim Morrison.

 
When You're Strange - ma note pour ce film :
Réalisé par Tom DiCillo
Avec Johnny Depp, John Densmore, Robby Krieger, ...
Année de production : 2009
Le goût de la Toscane

William Shimell et Juliette Binoche. MK2 Diffusion

  Autant le dire d'emblée : le nouveau Kiarostami n'est pas un grand Kiarostami. Juste un film d'une légereté bienvenue en cette période de l'année. Si Copie conforme développe une réflexion sur le couple, et sur la recréation de l'attirance originelle, ce n'est pas pour cela que le film se boit comme un bon vin rosé. Copie conforme baigne dans une lumière, dans une chaleur typiquement toscanes, qui lui donnent un parfum ennivrant et font passer le film dans la catégorie des plaisirs délicats.

 
Copie conforme - ma note pour ce film :
Réalisé par Abbas Kiarostami
Avec Juliette Binoche, William Shimell, Jean-Claude Carrière, ...
Année de production : 2010
A l'Est (de Bucarest), rien de nouveau

  Corneliu Porumboiu est sûrement le plus grand des cinéastes de la nouvelle vague roumaine. En tout cas celui qui a le plus de marottes, et il nous le prouve avec son nouveau long, Policier, adjectif.

  Chef-d'oeuvre de subtilité, cet ovni cinématographique déconstruit et démystifie le polar. Un peu à la manière d'un Italo Calvino avec le roman oulipien Si par une nuit un voyageur, en y introduisant une dose d'absurde et ne faisant que jouer sur une chsoe : l'atmosphère et les codes du film policier. A cet égard, le simple titre du film et son affiche son révélateurs : un flingue, un dico, "policier" étant à la fois un nom et un adjectif. Et Porumboiu de nous entraîner dans un tourbillon kafkaïen où vie privée et vie professionelle d'un policier moyen se mélangent dans la plus grande confusion. Pour Cristi, "policier" est plutôt de l'ordre de l'adjectif, ce vers quoi il voudrait tendre mais n'arrive pas à être. Sa vie est inexistante. Il y a un vrai plaisir à le voir se débattre pour bien faire. A faire comme dans les films américains lors de filatures d'une platitude folle. Mais le clou du film est tout entier contenu dans ce plan fixe/plan-séquence où l'homme revenant du commissariat (plombé par une bureaucratie lourde), mange seul, dans sa petite cuisine, pendant que sa femme écoute un morceau italien kitsch. Porumboiu a bel et bien inventé, depuis le jouissif 12h08 à l'Est de Bucarest, une nouvelle forme de cinéma, tout autant sociale que comique, naturaliste et décalée. Un polar somptueux sans pour autant être un film policier. C'est tout le paradoxe génial de ce film.

 
Policier, Adjectif - ma note pour ce film :
Réalisé par Corneliu Porumboiu
Avec Dragos Bucur, Vlad Ivanov, Cosmin Selesi, ...
Année de production : 2009
Lâche de Noé

Wild Bunch Distribution

  Au même titre que tous les précédents films de son réalisateur, Enter the void est une nouvelle preuve de la prétention sans faille de Gaspar Noé. Porte-étendard autoproclamé d'un cinéma new-âge mystico-subversif (dans la lignée du pathétique cinéma d'Aronofsky), Noé met en scène (le mot est fort) un pseudo-trip glauque et métaphysique sur fond de saillies chrétiennes particulièrement rances (l'avorton, l'idée pillée de rédemption). Ce film ne vaut rien, que dalle, nada, niet. Il est le fruit d'une époque où le clip a tué le cinéma, parangon d'un cinéma du vide, où certes les caméras s'envolent, sortent des têtes des personnages, filment des bites en plein coït, mais n'étant le reflet d'aucun discours. Aucune subversion, juste le vide total, le vide abyssal.

 
Enter the Void
Réalisé par Gaspar Noé
Avec Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Cyril Roy, ...
Année de production : 2009
Arthrose et vieilles dentelles

Equation

  Après les viscéraux Serbis et Kinatay, le cinéaste philippin Brillante Mendoza continue de creuser, avec Lola, le sillon d'un cinéma post-néoréaliste dense et inépuisable. Bardé de sa caméra HD, Mendoza nous entraîne au coeur de Manille en suivant deux grands-mères aux gueules burinées rappelant l'esthétique d'un Sergi Leone. Sauf qu'ici, c'est le naturalisme qui prime. Et le temps adopté par son récit est le temps des deux vieilles, des deux "lola". Il y a du plaisir et vrai un suspense à suivre la caméra, très souvent en plans-séquences, dont on ne sait sur quoi elle débouchera au coin d'une rue (principe par essence rosselinien, atteignant son summum dans Rome, ville ouverte). La force du film est aussi sa faiblesse : passant du statut de fascinant à celui de chiant, le jusquau-boutisme de Mendoza pourra en rebuter plus d'un. Mais quelle indépendance de cinéma !

 
Lola - ma note pour ce film :
Réalisé par Brillante Mendoza
Avec Anita Linda, Rustica Carpio, Tanya Gomez, ...
Année de production : 2009
Métro-Bobo-Dodo
Rhys Ifans, Greta Gerwig et Ben Stiller. Mars Distribution

  Ersatz de plus dans l'interminable liste de la new wave du cinéma indé US (Anderson, Sofia Coppola, ...) et scénariste de Wes Anderson (La vie aquatique, Mr Fox), Noah Baumbach s'était fait connaître pour son premier (très très) long (et très chiant) Les Berkman se séparent. Nous revenant avec Greenberg il nous donne une leçon de hype, avec tout ce que cela a de prétentieux.

  Rien de pire pour un cinéma que d'aller chercher la consécration chez les autres. Baumbach est de ceux là et s'enorgueillit de références, toutes plus poussives les unes que les autres, à Rohmer. Si encore Greenberg n'était qu'un produit du cinéma bobo-intello new-yorkais, cela irait, mais c'est sans compter sur le choix même de la ville en tant que décor. Preuve s'il en est que Baumbach n'a rien saisi à l'ambiance de Los Angeles, bien plus fiévreuse que son maniérisme glacial et ultra-prévisible. Agrémentez le tout de morceaux de LCD soundsystem ainsi qu'un Ben Stiller à contre-emploi et vous obtenez le film calibré pour Sundance. Seule lueur d'espoir dans ce gloubiboulga faussement modeste, la jolie, la lumineuse, la solaire Greta Gerwig, irrésistible et plastiquement irréprochable. En la filmant de plus près, et non pas seulement en grand angle, Baumbach se serait peut-être décoincé. Qui sait ?
 
Greenberg - ma note pour ce film :
Réalisé par Noah Baumbach
Avec Ben Stiller, Greta Gerwig, Ben Stiller, ...
Année de production : 2009
L'art de cochon
Gérard Depardieu et Yolande Moreau. Ad Vitam

  Deux ans après le monument d'humour absurde subversif qu'était Louise-Michel, le duo d'ex-grolandais Kervern-Delépine continue de tracer son sillon. En créant un univers qui n'appartient qu'à eux, mais tellement jouissif !

  Kervern et Delépine sont nos frères Coen nationaux. Avec, pour leitmotiv, les portraits à hauteur humaine de français profonds se refaisant une santé, notamment en dézinguant leurs patrons (Louise-Michel). Avec Mammuth, si la critique sociale acerbe reste, il n'en demeure pas moins un des films les moins subversifs du duo de cinéastes. Si l'univers tendrement anar dans lequel il prend forme rend Mammuth mordant, c'est plutôt dans sa partie road-movie absurde qu'il faut trouver toute la poétique des réalisateurs. Imaginez un Depardieu suintant le cochon, aux cheveux gras en train de traverser la France sur une Mammuth de collection. Pourtant, Mammuth n'est pas un film pour les fans de Johnny. Mammuth est un film qui ne part de nulle part pour atterrir nulle part. Un film où, paradoxalement, la localisation géographique des événements importe peu. Seul compte le voyage, celui du personnage de Depardieu, à la recherche de son passé, de sa jeunesse. En cela, un plan symbolise à lui seul l'esprit poétique et nostalgique du film : Isabelle Adjani en amour de jeunesse, apparaissant de manière aussi fantomatique que fantasmatique derrière Depardieu, le tout filmé en 16 mm. Une œuvre belle, juste et touchante.
 
Mammuth - ma note pour ce film :
Réalisé par Gustave Kervern, Benoît Delépine
Avec Gérard Depardieu, Yolande Moreau, Anna Mouglalis, ...
Année de production : 2010
L'Irak dans la peau
Matt Damon. StudioCanal

  Le duo de l'actionner cathartique américain Greengrass-Damon revient sur le devant de la scène avec Green Zone, sorte de protubérance encore plus politique du diptyque Jason Bourne. Ici, le style est celui du cinéaste depuis toujours : une caméra à l'épaule à l'affut de tout, montage épileptique, le succès des années 2000 en somme. Et ça tombe bien, le sujet de ce Green Zone n'est autre que le sujet de la décennie : l'Irak et ses prétendues armes de destruction massive. Comme pour le personnage de Bourne il y a un vrai plaisir à voir se lancer dans une course à la vérité contre l'état américain, en mode badasse. Le film passerait mieux sans sa fin symbole de la bonne conscience de Barack Obama. Un bon film d'action tout de même.
 
Green Zone - ma note pour ce film :
Réalisé par Paul Greengrass
Avec Matt Damon, Amy Ryan, Greg Kinnear, ...
Année de production : 2010
Une pelle cul-sec
Louise Bourgoin. EuropaCorp Distribution

  Inintéressant à tous les niveaux, Adèle Blanc-sec est un film d'un vide abyssal. Moche, mal monté, impersonnel et surtout joué avec les pieds par la plus grande gourde de notre temps (Louise Bourgoin), Luc Besson prouve une fois n'est pas coutume qu'il est un homme d'affaire, donc un anti-artiste.
 
Adèle Blanc-Sec
Réalisé par Luc Besson
Avec Louise Bourgoin, Gilles Lellouche, Mathieu Amalric, ...
Année de production : 2010
Ringard Academie
Guillaume Gallienne, Marina Hands et Julien Doré. Rezo Films

  Osons le dire : le cinéma de Pascal Thomas, étendard d'une certaine culture bobo parisienne, sait faire dans le décalé. D'autres fois, ces films deviennent profondément chiants. Ensemble, nous allons vivre (ou pas) est à l'image de son titre : interminable, faussement décalé, mais profondément ringard.

  Pascal Thomas featuring Julien Doré : il y a là de quoi attirer le bobo en manque de Nouvelle Star old school version Deleuze+Manoukian. Comme toujours chez le cinéaste de Mon petit doigt m'a dit lâche enfin les pitreries bavardes d'Agatha Christie. C'est déjà ça. Mais en collant une recette qu'il croit miracle (photo surannée de Renan Polles, musique décalé de Reinhardt Wagner et cadre provincial perdu dans le temps et l'espace), Thomas s'embourbe dans des commérages de village qui sont du niveau des pires Fernandel. On préfère même l'accent de ce dernier à celui de Doré, c'est pour dire. Seul réjouissance : le numéro muet savoureux d'un Guillaume Gallienne sous l'influence de Buster Keaton.
 
Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour... - ma note pour ce film :
Réalisé par Pascal Thomas
Avec Julien Doré, Marina Hands, Guillaume Gallienne, ...
Année de production : 2009
Saga Africa : attention les secousses
Christophe Lambert. Why Not Productions

  White material est un film à part dans la production française actuelle : un pur film du milieu. A la manière d'un Jacques Audiard, Claire Denis est aujourd'hui l'une des rares cinéastes français à utiliser le registre du film du genre dans le cadre d'un drame humain finalement assez intimiste. Le film commence sagement, mais déjà avec les prémices de l'incroyable rage qui va venir. L'aigreur, la rancœur et les frustrations vont devenir telles qu'au bout d'un moment le film explose. Et c'est cette explosion (incarnée avec folie par un Nicolas Duvauchelle qui nous rappelle Travis Bickle) vient détruire une femme, elle, complètement froide et sûre d'elle (Isabelle Huppert). Un petit monument de libération pulsionnelle, ultra sensuel et cinématographique.

 
White Material - ma note pour ce film :
Réalisé par Claire Denis
Avec Isabelle Huppert, Isaach de Bankolé, Christophe Lambert, ...
Année de production : 2008
Toutes celles qui braillent
Géraldine Nakache et Leïla Bekhti. Pathé Distribution

  Vendu comme le film générationnel de l'année, Tout ce qui brille n'est qu'un nouvel ersatz dans une longue série de films ultra-calibrés destinés à assouvir les attentes d'un public adolescent. Un LOL revu et corrigé. Pour toujours plus de cash dans la peau des producteurs. Ici, toujours la même, Lisa Azuelos.

  Si Nakache et Mimran évitent le pire en terme de réalisation, ce qui n'est pas peu dire, le duo n'offre qu'une mise en scène platissime, sans saveur. Mais le vrai trou béant du film, en mettant de côté l'interprétation calamiteuse des Ledoyen, Lamy et Payet, reste son scénario. Le film n'est finalement que l'accumulation de deux scènes : soirée la nuit, famille le jour. La machine tourne à vide. Preuve du message véhiculé, profondément rance où tout le monde devrait forcément être attiré par tout ce qui brille. Nakache, Mimran et leur amie Azuelos viennent d'opérer au film de poufs un subtil déplacement cinématographique pour créer le film de réseau.
 
Tout ce qui brille - ma note pour ce film :
Réalisé par Géraldine Nakache, Hervé Mimran
Avec Leïla Bekhti, Géraldine Nakache, Audrey Lamy, ...
Année de production : 2009
Burton aux mains de plomb
Johnny Depp. Walt Disney Studios Motion Pictures France

  On l'a craint cette association Burton-Disney-3D. Le résultat est là : un nanar affligeant, visuellement très moche, sans âme, sans aspérités.

  Mais qu'est donc allé faire Burton dans cette galère ? C'est bel et bien la question existentielle qui nous vient à l'esprit à la vue de cette gloubiboulguesque version du chef-d'oeuvre sous acide de Lewis Caroll. Comment, surtout, dénaturer autant l'esprit original du livre, trip profondément anti-enfantin et totalement sexuel, pour en faire une mélasse filmée avec les pieds dans un délire d'héroïc-fantasy ? S'il y a bien un "Alice" à voir, il s'agit du minimaliste et halluciné Alice du tchèque Jan Svankmajer (1988), disponible en DVD zone 1. Sinon repassez-vous en boucle White Rabbit de Jefferson Airplane et vous comprendrez ce que Alice cherche vraiment ...
 
Alice aux Pays des Merveilles - ma note pour ce film :
Réalisé par Tim Burton
Avec Johnny Depp
Année de production : 2009
Sympathy for the devil
Nicolas Cage et Eva Mendes. Metropolitan FilmExport

  Sorti dans la plus grande indifférence de la presse culturelle, cette relecture du chef-d'oeuvre d'Abel Ferrara par Werner Herzog est pourtant l'une des oeuvres les plus intenses de cette année. Un grand film malade, sombre, moite et visqueux.

  Ce Bad Lieutenant là est moins l'histoire d'une rédemption christique comme l'était celui de Ferrara que le long récit de la déchéance d'un homme, s'enfonçant toujours plus au coeur du mal. Et le grand Werner Herzog, qui semble connaître une deuxième naissance aux Etats-Unis (depuis le fabuleux Rescue Dawn, sorti directement en DVD en 2006), de nous offrir un pur film noir filmé dans une tradition très classiquement mais avec cette présence constante du non-dit. Le choix de la Nouvelle-Orléans prend ainsi tout son sens : au fur et à mesure de la chute de son héros, c'est tout une tradition du blues américain qui reparait comme lors de la scène de fusillade finale sur fond de riffs de guitare endiablés. Le film de Herzog est certes noir mais sait aussi procurer de vrais instants jouissifs, ou purement absurdes. C'est le cas de cette séquence, juste avant une intervention de police, où, fantasmés par un Nicolas Cage défoncé, des iguanes visqueux et filmés en gros plan en HD se baladent nonchalamment sur un vieux bureau en bois. Ce même Nicolas Cage qui, lifté à l'extrême, est parfait dans ce rôle. Cette histoire de rédemption, c'est un peu aussi l'histoire de sa carrière. Le film se termine comme il a commencé : au coeur du mal, sans morale christique mais doté d'une force vitale incroyable et d'une touche de nostalgie. Un grand film noir décadent et sensuel.
 
Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans - ma note pour ce film :
Réalisé par Werner Herzog
Avec Nicolas Cage, Eva Mendes, Val Kilmer, ...
Année de production : 2008
Pushing too hard

Mads Mikkelsen. Le Pacte

  Miracle du cinéma de genre ! Petit génie du cinéma de genre post-moderne, Nicolas Winding Refn revient en force quelques mois après la sortie française du très grand Bronson, pour un nouveau chef-d'oeuvre en quête d'absolu cinématographique, Valhalla Rising. Et s'impose comme le fils spirituel de Lynch et Kubrick.

  Valhalla Rising n'est pas un film comme les autres, ce voyage Au coeur des ténèbres, quasi-muet, est un sommet d'abstraction politique, un chef-d'oeuvre expérimental tout à la fois violent, lyrique et métaphysique. Refn s'en tient à ce que le cinéma est par essence : un spectacle primaire, tout comme son héros. Ici, peu importe que le film raconte le voyage des premiers croisés catholiques ayant découvert l'Amérique, près de quatre siècle avant Christophe Colomb. Seul compte l'expérience sensorielle et cognitive fulgurante. D'une âpreté sans limites, Valhalla Rising est l'oeuvre qui prouve que le cinéma de genre es définitivement le meilleur moyen de rébellion politique et artistique. Une étape vient d'être franchie grâce à Refn : imposer le genre en art ultime. Une oeuvre hors-norme, monumentale, qu'aucun mot ne pourra jamais décrire.

 
Le Guerrier silencieux, Valhalla Rising - ma note pour ce film :
Réalisé par Nicolas Winding Refn
Avec Mads Mikkelsen, Maarten Steven, Jamie Sives, ...
Année de production : 2009
Le charme pervers de la bourgeoisie

Amanda Seyfried. StudioCanal

  Après s'être fourvoyé avec l'ultra-théorique Adoration, le cinéaste canadien Atom Egoyan revient, avec Chloé, à son meilleur cinéma, fait de faux-semblants et d'érotisme feutré, pour creuser un peu plus son obsession pour le refoulé. Avec ici en ligne de mire la bourgeoisie. Suversif et délicieux.

  Autant le dire d'emblée : une grande partie du film repose sur ses acteurs plus que sur la mise en scène, très classique et détachée, d'Egoyan. Si le personnage de Liam Neeson n'importe que peu, le réalisateur filme ce qu'il sait le mieux filmer : la femme. A commencer par l'interprète-titre, Amanda Seyfried, jusque-là cantonnée à des seconds rôles insipides de grosses production de série B (Mamma Mia). Ici, l'actrice aux yeux hypnotiques et à la bouche charnelle s'impose comme un monstre de sensualité, un magma en fusion de charme et de sexualité. De l'autre côté, en bourgeoise paranoïaque et délaissée, Julianne Moore incarne à merveille la bourgeoise américaine, à la peau sèche et à la mine rocailleuse. L'antithèse de Chloé.

  La vraie réussite du film tient dans la façon dont Atom Egoyan va opérer son retournement final, mettant à dure épreuve l'empathie éprouvée initialement pour le personnage de Moore. Et de poser cette question, certes retors mais profondément vraie : la grande perverse du film n'est-elle pas la bourgeoise délaissée ? Qui va si loin dans son voyeurisme dédaigneux caractéristique de sa classe sociale. En cela, Egoyan filme au contraire avec grâce la plastique d'Amanda Seyfried, qui n'est autre que le miroir du couple, le caché comme lieu d'expression du refoulé de bourgeois pour qui le sex n'est qu'un produit de consomamtion payant parmi d'autres (fantastique scène initiale du restaurant huppé). Et de leur renvoyer à la gueule leur propres perversions. Alors, peut-être que la scène de la mort de Chloé peut paraître surfaite, voire naïve, mais c'est dans ce moment de suspension du temps que réside la beauté de l'ange Seyfried. Eclatant.

 
Chloe - ma note pour ce film :
Réalisé par Atom Egoyan
Avec Julianne Moore, Liam Neeson, Amanda Seyfried, ...
Année de production : 2009
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